Pliures et Chronoosmatiques, recueils de poésie de Jean Marcoux

portrait de Jean Marcoux

C’est le devenir de la conscience auquel s’intéresse sa poésie, celle de l’homme comme individu et celle de l’humanité comme horizon constamment à recréer. Mais il y a certains impensés qui demeurent comme des fils conducteurs à travers les devenirs de l’un et de l’autre qu’il valait la peine de tenter de déterrer. Et aucune arme n’était meilleure pour les faire sortir de leur tanière que la sulfureuse séduction du verbe créateur.

SIGNATURE

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Ce que je suis en écriture

MONSIEUR LE DÉLICAT

AH! AH!
Monsieur le Délicat
Ne mettez pas les petits
Dans les grands plats
Car il se pourrait fort
Que tard venu
Vous vous trouviez seul
(…)

LE DOUTE

Et soudain
tout est verdoyant
onde verte
au sol
et là-haut
dans le vent

Ce vert oscillant d’ombres
L’ai-je peint
Sur ce bleu de ciel
(…)

REPENTIR

Le vol de la mouche par zigzags
Courbes et ruptures
Dessine à l’aveugle
Le cercle parfait de son enfermement

Tu as trop longtemps cherché l’ailleurs
L’archéologie de la Beauté
Celle de la Peur
(…)

AUTO-PORTRAIT

Risible vieillard
Triste grime
Qui essuies de tes yeux
La goutte qui pend à ton gland

Te voici nu
Délesté de ton ombre
Et frémissant
Le bras tendu
Tenant dans ta main
Ta tête en lanterne
(…)

LE SILENCE

Frappe
Frappe les mots
À l’effigie du Réel
Les tempes du temps
Résonneront en toute mémoire
Que tes os
(…)

ALTÉRITÉ

ALTÉRITÉ

ALTÉRITÉ I

Chacun de mes pas
Dévore l’espace qu’il occupe
Chaque chose que je touche
S’ajoute à moi
(…)

ALTÉRITÉ II

Je te regarde
Toi la mère et l’enfant
Doux yeux embuant mon œil photographe

Je te regarde
Toi le chien galeux
Gisant sur la plage
Tes yeux vitreux
Où je ne suis qu’un reflet

(…)

ALTÉRITÉ III

Je dis « Tu »
« Tu » pour éluder ton nom
Je dis « Tu » et je conjure ton nom

« Je » c’est moi
L’autre que je suis quand je me regarde
Ton nom c’est l’autre en toi
Que je masque

Chaque fois que je tais ton nom
Car je suis celui qui est
Tout naît de moi
De mon seul regard
Qui est lumière
Posée sur toi

(…)

ALTÉRITÉ IV

Je me meurs en toi
Qui te meurs devant moi
Nous mourons seul
Impuissant à retenir l’autre
Dans le temps qui s’arrête de durer

Je me meurs de toi
Qui te meurs devant moi
Délesté de toi cet autre moi-même
(…)

Fins

L’ATTENTE
Je suis encore
Celui d’avant
Celui de toujours
Celui d’avant
Cette sonnerie que j’attends
Et qui arrêtera le temps
Un instant
(…)

SOUMISSION

Quand je saurai
Que le serpent m’a mordu
Que mes bras n’enserreront qu’un pieux aigu
Quand mes rêves écartelés
Râleront à la roue du temps arrêté
Je me soumettrai
(…)

RASSURANTE MORT

Non n’aie pas peur
Ne crains rien
Quand ma bouche
Se posera sur ta bouche
Pour y cueillir ton dernier souffle
Quand mes yeux avides
Avaleront tes yeux
(…)

Échos

PRIÈRE

« Je vous salue Marie »

La truie crucifiée sur son échelle
Échancrée ventre ouvert écartelée
Le sang gicle
La gorge qui gargouille
Et elle qui crie à mort

« Je vous salue Marie »
Et je prie
Et toute la classe prie
(…)

DÉSOLATION

Ce salon n’est plus un salon
Le bel écran de la cheminée
Étouffe de ses cendres
Sa dernière chanson

« À la claire fontaine
M’en allant promener
J’ai trouvé l’eau si belle »
Que je m’y serais noyé 
(…)

NOSTALGIQUE

Comme une lointaine étoile
des milliards de milliards
d’années lumière hors de la carte

Dans un Univers en continuelle expansion
écartelé entre maintenant
et tous ces ailleurs

Comment vous retrouver
chacun de vous tous
(…)

Mémoire

LES ÂGES DE LA VIE

Monsieur et Madame le Notaire Dupuis de mon enfance
Lisant derrière le treillis dans leur jardin
C’est nous aujourd’hui
Où l’œil noir d’un pauvre chien
Bave et souille un coin de terre
Derrière le treillis de notre jardin
(…)

LE SOUVENIR

CE CAILLOU BLANC
QUE L’ON RETROUVE
À LA MORSURE
QU’IL VOUS FAIT
DANS LA CHAIR TENDRE
DE VOS PAS
ET CET AUTRE
ENFOUI
DANS LE DÉSERT DU CŒUR
(…)

Aux parents

AUX PARENTS

TU N’ES PLUS LÀ

L’automne s’éteint aux feuilles éparses de novembre
Quand la mémoire s’attarde et s’égare
Et que la vie est ailleurs
Ne bouge ici que ce que ce souffle
De loin rapporte
Sur ce qui fut joie et douleur

La main tremble et les lèvres s’agitent
Rythmant ce qui remonte du fond du cœur
Une fleur de silence vacille
Aux marécageux sursaut de la démence

(…)

FILIATION

Tu es parti
Sans me quitter
Incessant écho
De ma pensée
Miroir doublant le geste
À quelques pas
De ma réalité
Pour mieux la mesurer

(…)